10 février 2006

 

8- Niger - Mopti -Sevare - et retour



Lever sur la lande, petit déj dans la pirogue. L'eau verte gambade tranquillement sous les coques noires, un léger coulis d'Harmattan. Verrons nous comme hier s'ébrouer des hippopotames ?



Des villages, mosquées de banco, tripotés d'enfants, arbres à teinture noire, briquetterie de brousse, pirogues chargées à bloc. On soutient le rythme lent du moteur, dans une douce somnolence entrecoupée de palabres. Arrivée sur Mopti. Ballet de pecheurs et de lanceurs de filets. Déballage de poissons séchés sur le marché près d'une colline de calebasses, de portants de cheich et mille bricoles de recup indispensables à l'économie africaine. Visite de la ville, sans cachet particulier sinon celui savoureux de la vie quotidienne, coiffeurs de rue, marabouts, joueurs d'une sorte de dames avec batonnets et pierres. Un gardien de chevre alangui sur sa terrasse, comme un monsieur Seguin d'ébène. Marché, mouches, viandes, oignons et condiments.
A Sevare, dans un hotel de luxe vu la norme locale, une douche bien attendue, et un excellent repas de boulettes de capitaine en sauce malienne. Discussion délicate sur l'excision avec le guide.

Shopping de dernières bricoles chez un commercant sympa, une belle âme qui parle par ses yeux. Attroupement de colporteurs devant laéroport. Dernier bain de soleil en attendant le long retour. Au revoir Mali ! Tu laisse encore les monts du nord, Tombouctou et quelques merveilles mystérieuses et beaucoup de questions sans réponse. On reviendra, alors ?

 

Petit cantique du fleuve vert


Youhé, Youhé,
Malinké, banbara,
Le poisson chante sur ta ligne à l'heure du muezzin

Youhé Youhé,
Malinké et Bozo,
La calebasse à soif, le dieu d'eau Niger l'embrasse

Youhé, Youhé,
Niger, Bozo, Banbara,
Je danse sous la lune sous l'oeil du chasseur et du chien
Les étoiles de mes pères,

Youhé, Youhé,
Le vent parle par ma gorge
Niger langue natale étrangère
dans ces chants que tu forges

Youhé, Youhé,
Oh le soleil enfante des petits poissons dorés
qui filent sur la tête des vagues
vifs et insaisissables

Youhé, Youhé,
Niger à toute heure berce tes enfants voyageurs

 

7- Duru - Bandiagara - Kunna - Fleuve Niger


Départ de Duru après quelques achats (masque guérisseur avenant et couple statufié). 4x4 dans la plaine menant à Bandiagara où on retrouve nos oignons, dont on fait des boules peu appétissantes couleur de terre, le marché avec sa patate de nénuphar, ses condiments aphrodisiaques, et ses clopes Liberté...

Déjeuner au bord de la route sous un figuier encore. Nous sommes rejoint par 10 gosses, téléportés comme beaucoup de maliens que nous croisons dans la savane. Notre odeur de routards mal lavés a du être repérée à 2 lieues. Amon les initie au couscous et Jerôme à l'utilisation des jumelles. 1 vieux Peul vend au guide sa couverture en poil de chameau irritant. Envie de ne rien faire, vautré sous cet arbre, dans la chaleur sèche du midi, assommé par la langeur africaine, statufié comme la brousse.

Arrivée sur le fleuve Niger, encore un passage mythique, et embarquement sur la pirogue petit bijou. Couleurs dorées de fin d'aprem. On gagne de vitesse des voiles rafistolées, translucides comme des toiles d'araignées antiques, qui portent des équipages allanguis, et des cargaisons mystérieuses. Pécheurs, villages submersibles acotés à la rive. Hordes d'enfants dans les rues, scenarios maintes fois repétés, dans lesquels nous aussi devenons des gamins facetieux. Petits partages de complicité, instants où des dialogues secrets de pression de mains, de mimiques et de sourires tentent de dépasser l'étrangeté de nos cultures respectives.

Diner dans la fraicheur venteuse, au bord d'une lande infinie de crottes de zebus, de musiques mandingues portées par le vent, et les étoiles éclipsées par une grosse lune qui s'est remplie. Nuit en tente, dialogues de nos silences, 5 mecs qui savourent juste le moment d'être rendus à eux mêmes et en bonne compagnie. Délice enfantin de saisir de ses mains sales une poignée de frites et de poissons hissés du fleuve.

 

6 - Remontée de la falaise



Rencontres improbables. Un chasseur, affublé d'un chapeau qui lui fait une crinière de lion. Tractation avec Amon, le guide, sur le prix dudit chapeau. Trop cher semble t il.
Déjeuner sur la place de l'école d'Ighilina, sous un figuier géant. Philou joue au foot à l'heure de la récré. On repart cette fois accompagnés de porteurs qui ont bien 25 kg de sacs et matelas sur la tête et nous dépassent rapidement grâce à leurs tongs magiques ;-)

Approche des failles dans la falaise, là où celle ci rejoint la dune et semble enclore ce pays secret. Derniers potagers miraculeux, d'un vert brésilien, où on cajole aubergines, tomates, oignons, salades, derrière des palissades de paille, arrosées soigneusement à l'aide de calebasses qui naviguent entre le canal d'irrigation et les mains paysannes.

Montée dans la faille par un sentier caché, vue magnifique sur la plaine jaune, la dune orange comme l'Inde sacrée, les falaises d'un marron rosé, et tant de couleurs subtiles que je ne saurait retranscrire sur ces dessins. Le guide chante, comme les Maliens doivent chanter. Pour rien, pour se donner du courage, pour le plaisir d'un écho sur le rocher, pour dire leur plaisir d'être en vie et de marcher sur la terre des hommes. En haut, retrouvailles avec le grand plateau, herbes hautes jaune effervescent, rocaille pourpre. Et sur le sentier, des collegiens qui font 10 km à pied et 300 m de dénivellée tous les jours pour rentrer dans leur hutte, des porteurs de paille. Ancien territoire de babouins, probablement décimés par le blanc et achevés par les habitants environnants.


A Duru, l'apéritif est bienvenu, mais le professeur de math du village nous entretient de l'excision et du sida, avec force détails médicaux. Un projet d'association, mais que faut il en penser ? On est à Clochemerle, les avis vont bon train. Ripailles pour les 35 ans de David, notre vigneron, fêté au Saint Emilion grand cru, Tokay vendanges tardives, foie gras et déconnade. On rejoindra notre duvet en grimpant d'un pas peu assuré l'échelle locale taillée en Y dans un petit tronc d'arbre et on se promet de pisser depuis la terrasse dans la grande mer de la nuit pour ne pas risquer sa vie ;-) Je dors encore délicieusement sous un ciel pudique qui dévoile ses constellations à 3h. Petit bonheur.

 

5- Tirili - Konomani - Igilina -Duru






A 1 ou 2 kilometres en face de la falaise, les dunes. Devant Tirili, un bivouac dans le sable, près des huttes de palmes des pasteurs Peuls, nomade de la brousse, locataires des troupeaux dogons. Prise de contact avec le cram cram, "céréale à faible rendement nutritif" qui y pousse et se remarque surtout par ses têtes chercheuses en forme de petits chardons bourrées d'épines fines qui folatrent sur nos duvets et nos vetements. La joie du vent dans les dunes, une nuit où les étoiles sont plus discrètes car la lune est réveillée. Je dors dehors, emmitouflé dans un lungi indien providentiel qui fait office de shech touareg pour me protéger des grains de sable nomades. Amon le guide estime que ce n'est pas la saison des ballades de scorpions, tant mieux ;-)) La nuit est aussi remplie de chants secrets. Là bas au village, des cérémonies se tiennent, mais difficile d'en savoir plus, on quitterait le tourisme pour l'intimité des masques et de l'animisme.

Petit dej aux beignets délicieux, et on reprend le pas de l'Afrique, lent et constant, vers les villages toujours camouflés dans la roche, et on fait doucement défiler sous nos pas les champs d'oignons, les greniers étroits chapeautés de paille, les cases à palabre écrasées par un mille feuilles de tiges de mil, le rythme technoide du pilonnage des grains et la litanie des saluts compliqués sur la piste. Sans oublier les enfants qui pullulent, adorables et collants avec leurs automatismes de bic cadeau bonbon toubab, mais si enfantins aussi lorsqu'ils naviguent entre les rocailles des ruelles en nous tenant la main.

09 février 2006

 

Sur les Dogons




Contes du coin du feu:
3 célibataires en quête de femme. L'un a une pipe, l'autre du tabac, le dernier du feu. Ils s'associent et allument leur pipe. Dans la fumée apparait une jeune et jolie vierge. Mais à qui doit elle revenir ? Chacun argumente sa participation au miracle. Mais celui qui a la pipe l'emportera... car tabac s'est consumé et le feu s'est éteint.

Un homme monte le dernier cadavre de sa famille dans un tombeau de la falaise. Mais ses parents éloignés tirent sur la corde et le laisse la haut à une mort certaine, pour profiter de son héritage. Heureusement, un grand condor se pointe et le redescent sur la savane. Les traîtres sont confondus. L'endroit de l'atterrissage appartient désormais à ses descendants, et les descendants des jaloux ne peuvent y cultiver. Vendettas, questions d'héritages, jalousie et malédictions semblent jalonner la vie des familles...

Le chien, l'âne et la poule se plaignent de leur sort et de leur travail auprès de Dieu. Celui ci les laisse dormir une nuit dans le confort. Mais au matin, la poule a picoré tout les grain, l'ane mangé tout le foin, le chien gratté toute la natte. Ils resteront à leur place dans le village.

Qui est le premier venu de l'oeuf ou de la poule ? La discussion alimente une soirée au coin du feu chez les Dogons voisins... en tout cas, ils ne consomment pas d'oeufs au petit déjeuner.

Salutations Dogon (compter une petite minute par Dogon croisé sur la route:

Lui: Agapo (bonjour)
L'autre: Oh (pareil)
Lui: Ou sewo (ca va bien ?)
L'autre: Sewo (ca va)
Lui: Ou mana sewo (et la famille ?)
L'autre: Sewo (ca va toujours)
Lui: Guini sewo (et la maison ?)
L'autre: Sewo (ben, pareil ca gaze aussi)
L'autre: Ou sewo (et toi ca va ?)
etc à l'inverse
Conclusion: Aaah (donc tout va bien pour nous deux finalement)

 

4- Sous la falaise: Irili - Amani - Titili

Nous voici au coeur du pays Dogons, progressant à pied de village en hameau. L'évènement de la journée est la "profanation" d'un rocher sacré où j'avais déjà tenté de m'asseoir pour dessiner. Cette fois, les villageois n'ont pas prévenu Jerome. Le guide négocie l'amende à une chèvre, soir 5 000 CFA. Taxe touristique ou indignation réelle ? Tout finit par s'arranger car c'est l'Afrique. Jolie ballade dans le village. Une très vieille femme édentée qui pousse le cri de la poule nous harcèle, suivi par un simple d'esprit en veston de chef de gare, "carencé en iode" selon notre bon docteur ou plus abruptement "crétin des Dogons" comme les crétin des alpes. Les gènes ne se mélangent pas tant que ca dans une ethnie ou épouser une femme Peule suppose une impureté qu'il faudra gérer par des sacrifices.
Je trouve chez la potière du village un splendide poterie d'argile qui ravira Annie. Je progresse difficilement dans les dessins au pastel, à l'heure de la sieste. J'évite le dépecage du cochon villageois, par ailleurs très bon avec les spagettis sauce Dogon de notre cuisinier.

Second temps fort du jour, la mare au caimans du village. Des bestiole de 2-3m de long tournent et s'observent pour se partager un chevreau qui s'est trop attardé pour boire et qu'a embourbé leur chef. Un oiseau proche fait le bruit exact de la mélodie des dents de la mer... On reste un peu fasciné au bourd du marigeau, prêt à décamper s'ils veulent varier leur menu. Les villageois, même les enfants ne sont pas attaqué, le caiman étant l'animal totem du village, et s'y balladant la nuit pour bouffer des restes. On ne regrette pas de dormir sur des terrasses ;-))

 

3- Descente de la falaise: Sanga -Banami - Irili




Le réveil est magique sur la terrasse, avec les chants de la basse cour, l'immensité du plateau parcourue des villageois de Sanga qui partent aux champs ou chercher l'eau.
Le petit dej est expérimental, avec des produits afro occidentalisé, comme le miel de brousse dans une bouteille d'huile de vidange, l'imitation nutella ou la margarine tiède ;-)) Nous visitons le village du haut, avec son autel Binou (dieu d'eau), la case du Hogon (le chef spirituel), l'avenue des baobabs, les devins du dimanche allangi sur la table divinatoire dessinée dans le sable.

Puis les champs d'oignons magnifiques, les femmes au jardinage, leurs fillettes trottant à nos cotés et portant leur petit frères sur le dos à l'africaine. Les gosses nous prennent la main, le vent est lumineux et paisible et c'est le petit bonheur. Descente le long de l'impressionnante falaise, premier saisissement avec une vue a pic sur les villages, qui se dissimulent à l'appareil photo en se fondant dans la roche et ses couleurs. Sur ce sentier de rochers qui rappelle le maquis corse, des lieux sacrés blanchis de sacrifice. Et l'arrivée sur un village fantôme encastré dans la falaise, celui de la mesa de Blueberry dans La mine d'or de l'allemand perdu. Atmosphère perdue, maisons troglodytes des Tellems (prédédesseurs des Dogons avant le XIII° siecle) inaccessibles perchés dans les hauteurs, devenus caveaux suspendus de longues lignées, gardés par d'enormes chauve-souris.
Dans le village du bas, habité, les grenier ont des toits de paille coniques et cachent leur porte minuscule, les gamins quémandent des cadeaux improbables avec naturel et applomb. Sieste. Sur le chemin qui nous fait laisser cet étrange Banami dans l'après midi, un groupe d'écolières nous rejoint et veut nous épouser, surtout Philippe ;-)).

Nous rejoignons un joli hameau pour la nuit, dinons au milieu des poule et nous couchons à leur heure, sur un terrasson vigie de la brousse, avant poste sur la mer d'étoiles.

07 février 2006

 

2- Djenne - Sanga





Réveil dans une petite chambre proprette, lit à baldaquin et moustiquaire. Pain béni du petit déjeuner, rare héritage bienvenu de la présence française.
Visite de Djenne au matin, après un bel instant sur le toit de l'auberge. Vue sur les petits champs qui mordent les bords du lac, derrière le labyrinthe de cases et maisons éperonnées de diverses façons selon le sexe et le nombre d'enfants qui l'habitent. Splendide mosquée en banco (mélange d'argile, de sable, de torchis de tige de fenio (céréale locale) et de bouse de vache). Rien n'est vieux, tant les murs sont faits et refaits pour lutter contre les pluies et l'érosion, mais tout parait immémorial ici. Forgerons, marché, dédales de ruelles, no man's land, et soleil qui tourne chaud.

Route jusqu'à Sevare (retour au point de départ). On insiste pour vivre un peu à l'écart des petits hangars à blanc proprets. Oui, on aime bien la vraie vie en plein air et l'Afrique des africains. Le guide sourit et s'arrange. Pique nique de corned beef (!), quête de Savarine, et en route pour le coeur du mythique pays Dogon. Le plateau de rochers de Bandiagara s'étend droit devant, rien pour limiter le regard ici. Promenade au couchant sur les rocailles en espaliers. L'herbe est jaune citron, la pierre dans un violet foncé, et les enfants du coin nous suivent en buissonnant aprè l'école. L'un m'offre un coloriagze de masques.
Sentiment de béatitude dans cette immensité, chaleur du bivouac, fraicheur du vent, sensations brutes. Sur le toit en terrasse, conjurations béates encore dans la nuit étalée là, sous l'assemblée d'étoiles, témoins presque intimidants de ces retrouvailles. On se lève avec plaisir pour pisser et on revient s'étirer et faire claquer gentiment le duvet sous le vent, qui se nomme ici Harmattan.

 

1- Arrivée à Mopti - Djenne.




Une après midi à rassembler le petit paquetage: 8,2 kg. Ca s'améliore ;-))

Départ nocturne pour Orly. Le premier bivouac sera dans l'aéroport, l'avion ayant 6 heures de retard. Escale et refuel sur un tarmac du sud algérien, dans le no man's land pétrolifère. Arrivée à Mopti, où l'on fait connaissance d'Amon, le guide dogon, et Issa, le beau gosse peul, joliment scarifié et qui sera notre chauffeur.

Quelques heures de 4x4 dans la douce torpeur de fin d'après midi. Lumières délicieuses sur la savane. Passage nocturne du bac qui conduit à Djenne, ville au patrimoine de l'Unesco. Premiers moustiques, c'est bien l'Afrique.

Un repas quasiment occidental au son un peu trop présent des djembés. Ils finissent par rincer notre fatigue lorsque les fillettes de la ville se pressent sur le banc des musiciens, avant de virevolter à tour de rôle ou en binôme sur un rythme précipité. Danse ébouriffée entre 2 coquetterie, manières timides et désarmantes. Apprentissage de la séduction, ventilateur, un saut en arrière, 2 pas en avant, un pas en retrait, dans le balancement des bras. Rires, jupons ou pantalons qui divaguent. La danse est culture populaire, la danse est la vie du quotidien. La danse et la joie.

 

Génèse du voyage



Novembre 2005. Philou a 35 ans, bientôt papa pour la seconde fois, et en manque d'évasion pédestre et exotique. Florence - c'est l'amour- lui offre une semaine de randonnée sur la destination de son choix. Pour Philou, après la Namibie, l'Ethiopie, la Mauritanie ... ca sera le pays Dogon. Mali.
Quelques amis seront de la partie. L'occasion de poster quelques notes tirées du petit carnet de voyage.

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