10 février 2006
6 - Remontée de la falaise


Rencontres improbables. Un chasseur, affublé d'un chapeau qui lui fait une crinière de lion. Tractation avec Amon, le guide, sur le prix dudit chapeau. Trop cher semble t il.
Déjeuner sur la place de l'école d'Ighilina, sous un figuier géant. Philou joue au foot à l'heure de la récré. On repart cette fois accompagnés de porteurs qui ont bien 25 kg de sacs et matelas sur la tête et nous dépassent rapidement grâce à leurs tongs magiques ;-)
Approche des failles dans la falaise, là où celle ci rejoint la dune et semble enclore ce pays secret. Derniers potagers miraculeux, d'un vert brésilien, où on cajole aubergines, tomates, oignons, salades, derrière des palissades de paille, arrosées soigneusement à l'aide de calebasses qui naviguent entre le canal d'irrigation et les mains paysannes.
Montée dans la faille par un sentier caché, vue magnifique sur la plaine jaune, la dune orange comme l'Inde sacrée, les falaises d'un marron rosé, et tant de couleurs subtiles que je ne saurait retranscrire sur ces dessins. Le guide chante, comme les Maliens doivent chanter. Pour rien, pour se donner du courage, pour le plaisir d'un écho sur le rocher, pour dire leur plaisir d'être en vie et de marcher sur la terre des hommes. En haut, retrouvailles avec le grand plateau, herbes hautes jaune effervescent, rocaille pourpre. Et sur le sentier, des collegiens qui font 10 km à pied et 300 m de dénivellée tous les jours pour rentrer dans leur hutte, des porteurs de paille. Ancien territoire de babouins, probablement décimés par le blanc et achevés par les habitants environnants.
A Duru, l'apéritif est bienvenu, mais le professeur de math du village nous entretient de l'excision et du sida, avec force détails médicaux. Un projet d'association, mais que faut il en penser ? On est à Clochemerle, les avis vont bon train. Ripailles pour les 35 ans de David, notre vigneron, fêté au Saint Emilion grand cru, Tokay vendanges tardives, foie gras et déconnade. On rejoindra notre duvet en grimpant d'un pas peu assuré l'échelle locale taillée en Y dans un petit tronc d'arbre et on se promet de pisser depuis la terrasse dans la grande mer de la nuit pour ne pas risquer sa vie ;-) Je dors encore délicieusement sous un ciel pudique qui dévoile ses constellations à 3h. Petit bonheur.